I

 

 

On ne distinguait rien. Rien de précis, dans le brouillard : des lueurs orange, jaunes et grisâtres ; d’intensités quelque peu nuancées et selon des angles diversement orientés, mais le regard perdu et dilué dans cette matière, au point de s’accrocher à toute vision formée, même succinctement, par un quelconque souvenir, ou une quelconque rêverie, fût-elle fugitive. Toutefois, l’observateur alors devant sa fenêtre panoramique restait sans idées. Et à cette heure critique du petit jour imminent, il veillait mais pouvait assez vite céder à l’engourdissement, s’asseoir, puis s’endormir. Les dessins tracés par la saleté sur la vitre occupèrent son attention : gouttelettes, lacets se croisant, taches morcelées à leurs pourtours comme des cristaux de glace.

Loin dans la ville, devant une porte métallique toute rouillée, la seule ouverture dans l’immense mur gris d’un bâtiment sans devanture, sans inscription, deux hommes chétifs ajustent lentement leurs masques à gaz et vérifient le contenu de leurs besaces. Il leur faut pousser à deux pour que les gonds grinçants pivotent. Une fois l’accès clos derrière eux, des néons à une hauteur d’environ deux mètres, sans plus, mais suspendus par des chaînes à un plafond que l’on ne peut même pas apercevoir, déployèrent quelques cônes de lumière blafarde à divers endroits sporadiques. Les deux opérateurs, un peu mécaniciens, un peu manutentionnaires, empoignèrent des manettes aux épais pommeaux de bois usé, dont les couleurs se distinguaient à peine, juste par quelques écailles encore résistant aux milliers de manipulations successives. La gigantesque roue crantée qui commençait à bouger requérait au moins une dizaine d’ouvriers, notamment pour assister le fonctionnement de tous les rouages, poulies, pressions, tenseurs, réacteurs... Mais les derniers volontaires étaient tous là ; et il leur fallait se rendre à de nombreux postes, sous un éclairage très partiel, et sans la force d’agir vite.

Le silence complet dans l’appartement, dans tout l’immeuble, et probablement dans toute la ville, semblait celui d’un sommeil imperturbable. Puis, un nuage de vapeur se condensa, plus bas, et proche. Et, en même temps, tout là-haut, sur toute la longueur de l’horizon, s’élargissait une clarté plus franche, blanche, très légèrement bleutée, et découpant progressivement le relief d’une chaîne montagneuse. D’autres nuées épaisses, noires, marquèrent de plus en plus nettement sur la toile de fond floue et livide leurs colonnes, leurs arborescences, leurs tresses, leurs chevelures.

Là-bas, dans l’ombre, au bord de la cité, les turbines à vapeur tant bien que mal réanimées et le mouvement des bielles entraînaient suffisamment de traction pour que le ciel s’ouvrît. La minuterie dispenserait de tout effort supplémentaire, assurant la fermeture automatique. Mais en repartant, les deux opérateurs se dirent qu’ils ne reviendraient pas le lendemain. Il le faudrait, pourtant.

En quelques secondes, à l’apparition de quatre rayons lumineux, quatre segments en étoile, se rejoignant à une si haute altitude qu’on ne pouvait l’apercevoir, pendant les quelques secondes de leur scintillement, et avant leur extinction, toute la brume fut dissipée. Aucun relief de montagne sur l’horizon gris bleu mais les empilements, les quinconces, les imbrications, passerelles, recoins, ruines ou constructions abandonnées, ou peut-être en cours, de la masse énorme, chaotique, tumorale des immeubles suintants de crasse. Des vitres lancent quelques reflets entre les fumées produites par la combustion de la houille, des pétroles et des huiles synthétiques. Et la rumeur urbaine se mit bientôt à ronfler. Le temps était révolu où les bâtiments sombres et les ruelles s’égayaient d’écrans publicitaires. Deux cycles de générations avaient déjà vu naître des enfants qui ne sauraient même pas que cela avait existé.

Siméon quitta sa fenêtre, posa son verre vide sur la tablette métallique au-dessus du radiateur aux tuyaux gravés de motifs d’écailles de serpent, aux pieds torsadés, au bouton en forme de gueule de dragon. Il se tourna vers son bureau, émergeant, au milieu de la pièce, des entassements de petits objets étiquetés, des liasses de papiers serrées avec des cordes ou des sangles. Il s’en approcha, tendit la main, saisit sous la chaleur de la lampe tulipe jamais éteinte, une boîte en fer blanc cabossée pour en sortir une des fines tiges rangées dedans, et dont il porta l’extrémité brune à sa bouche, et allumant avec un briquet l’autre bout, coloré de vert. De sinueuses volutes s’élevèrent lentement des fibres incandescentes. La dose préconisée lui permettait trois tiges par 24 heures, en vertu de son rang social. Il posa longuement son regard sur la brochure qu’il avait imprimée vers trois heures du matin : « Analyse d’un document de contenu problématique et d’origine inconnue ». Un version papier était si rare qu’à elle seule, elle impliquait une procédure confidentielle, et Siméon n’en connaissait pas les contraintes. Il en garderait un double de son rapport et un du document source. Les Renseignements ne pouvaient l’ignorer. On savait déjà qu’il allait bientôt décrocher son téléphone et demander un rendez-vous.

Il s’habilla chaudement, enfila sa cagoule filtrante et ses lunettes protégeant ses yeux des rayonnements de la Serre. Il glissa les deux épais volumes dans sa sacoche, sortit de son appartement, prit l’ascenseur, signe du grand luxe de son immeuble, et se trouva bientôt dans la rue. Le vacarme et l’agitation de la foule hétéroclite tranchaient soudain avec la sérénité qui régnait à l’intérieur. Il traversa et entra dans un hall, gravit les quelques marches de la plateforme, s’introduit dans une des cellules ovoïdes alors disponibles. Son sas refermé, l’œuf avança sans précipitation, prit de l’altitude, suspendu à son câble. Siméon appréciait beaucoup ce transport et s’amusait un peu comme un enfant des trajectoires surprenantes, jamais identiques entre des stations pourtant invariables, à l’intérieur du volume limité de la Serre. Avancer puis ralentir, reculer, partir ainsi dans un sens inverse, mais dans une autre direction, puis encore des ralentissements, des revirements, des déplacements tant verticaux qu’horizontaux, des lignes droites, des courbes, des spirales, des plongeons ou des ascensions... mais sans jamais d’effets de roulis grâce aux compensations des anneaux magnétiques. Il avait pu sembler qu’une telle dépense de science pour une usage si anodin s’opposât à la raison, mais ce temps-là aussi était révolu. Point de technique sophistiquée qui vaille la peine si ce n’était pour y trouver la satisfaction immédiate la plus sensible et, voire, la plus inutile.

Parcourir les galeries aux murs transparents l’amusait particulièrement. De vertigineuses perceptives s’ouvraient sur les rues, les ponts, et d’autres galeries, où toutes sortes de gens marchaient, se croisaient. La distance et la vitesse ne laissaient rien percevoir de cette hostilité, de cette rancœur agressive, de ce douloureux dépit qui remuaient en chacun comme un rat dans une cage et qui sautait aux yeux des uns et des autres quand on se croisait en relevant la tête. Mais la décélération de l’œuf à l’arrivée de la station où il devait descendre allait bientôt le replonger dans cette foule. Depuis des mois, il ne pouvait plus ignorer, repousser dans l’ombre cette insolite indifférence qui semblait l’épargner de l’humaine déréliction. Et sa dose d’animium qu’il fumait ne pouvait expliquer cet état, alors que justement, à l’encontre de toutes les lois les plus élémentaires, elle ne réclamait pas d’augmentation depuis au moins deux phases complètes.

Dès qu’il aurait remis son étude au Centre, il consulterait son médecin.

 

 

Il traversa vite l’avenue, entre les véhicules hétéroclites qui à cette heure déjà obscurcissaient l’air de leurs fumées et de leurs vapeurs. Les hautes et lourdes portes de métal ouvragé du Centre des Enregistrements s’ouvrirent dès qu’il passa la ligne d’identification, et se refermèrent aussitôt qu’il fut entré. Dans l’immense espace du hall, sous la coupole à peine visible, enténébrée, entre les colonnes et les absides au style orné, pompeux, soigné, de l’ancien temps, le moindre bruit résonnait et l’on marchait précautionneusement. Siméon connaissait sa chance d’accéder à ce lieu, se chance de pouvoir, en conscience et avec tant de plaisir, contribuer à une des œuvres rares de ce monde : l’enregistrement et l’analyse des phénomènes probablement significatifs. Et à n’en pas douter, le document qu’il apportait conforterait le Directeur dans la pertinence de son choix : il ne regretterait pas de l’avoir récemment promu « Chef d’étude ».

Mais quand il sortirait du bureau, il irait consulter son médecin. C’était décidé. Car si la qualité de ce qu’il fumait assurait un vieillissement par paliers nettement plus durables que pour la moyenne des citoyens, la dose aurait dû être augmentée depuis longtemps. Quelle raison pouvait expliquer cette stabilité sans apport d’animium ?

Il considérait cette question en avançant dans l’étroit couloir sinueux aménagé entre les hautes parois d’archives et de livres empilés, bifurquant parfois à angles droits, comme un sentier entre des rochers ; mais sa concentration se diluait de plus en plus dans le léger vertige, l’espèce d’hypnose, de migraine oculaire que sa marche suscitait. Il s’arrêta net juste devant la porte contre laquelle il faillit se cogner.

Il posa son épais dossier sur le bureau. Antonin le pria de s’asseoir, lui versa une tasse de ce Kalua dont les deux distilleries restant encore en activité produisaient avec peine des bouteilles de 50 centilitres à des prix exorbitants. La culture, la torréfaction puis la fermentation des grains exigeaient tant de précautions, de secrets de fabrications, de temps et d’énergie que l’on savourait de son mieux chaque gorgée, bien que l’on ne sache plus très bien dans quelle mesure les crus avaient gardé une réelle qualité au fil des générations de producteurs.

Ce que Siméon apportait n’entrait dans aucune des catégories organisant l’espace de remise et de classement de ce bureau encombré de milliers d’objets et de rapports. Alors qu’il continuait à boire la brûlante et suave liqueur par petites gorgées, il insistait sur la nécessité de lire assez tôt son travail, sans pour autant en pouvoir expliquer clairement et succinctement la raison. Un banal inventaire d’un secteur de production d’ustensiles domestiques s’était avéré surprenant, à l’origine de ce qu’on pouvait nommer, malgré les réticences bien compréhensibles, un « événement ». Le Directeur promit de l’examiner le soir-même. Mais pour l’heure, il sortait les graphiques et les tableaux qu’il avait minutieusement préparés, tracés, vérifiés. Le bilan annuel bientôt transmis à la Direction des Stratégies et de la Régulation. L’augmentation des doses d’animium s’imposait encore plus rapidement, dans la proportionnelle mesure d’une longévité subissant une réduction nettement plus brutale que prévue. Mais que pouvait-on encore prévoir ? Même si le Centre en avait les prérogatives et disposait des capacités à le faire. L’organisation rigoureuse de la vie sous la pyramide, comme sous les autres (et combien encore abritant de la vie ?) disséminées à la surface désertique, irrespirable et totalement infertile du monde, ne requerrait presque plus aucune mesure policière, et voyait tous ses programmes de palliation perdre toute portée. Siméon avait connu la période du basculement, lorsque les crises de violences, les agitations collectives, les dernières luttes politiques disparurent, cédèrent toute la place à la passivité, aux accès de neurasthénie, à cette langueur corrosive qui confirmaient l’irréversible dépérissement de l’espèce. Peu de personnes se rendaient encore compte que la maladie dévorait l’Homme et en étudiaient le phénomène, pouvaient en nommer les aspects. Partout l’intellect perdait ses facultés fondamentales : amnésie, dérèglement du langage, verbigérations ineptes et bientôt aphasie. On ramassait des corps qui respiraient encore mais impotents, des corps soit rongés par le rachitisme, soit déformés par une obésité de plus en plus handicapante. Trouverait-on encore assez d’individus aptes à accomplir les tâches nécessaires à la survie de la communauté ?

(...)

Cette mort unanime approchait de plus en plus vite ; peu d’habitants se rendaient compte, principalement dans les bureaux du Centre des enregistrements et de la Direction des Stratégies, mais n’en parlaient pour autant jamais directement : les détours utilisés, les périphrases répétées depuis longtemps, les chiffres et leurs analyses redondantes, accumulées, empilées, perdues, tout cela appartenait-il à la conscience qui survit ou à la conscience qui s’oublie sans plus le savoir ? 

Le ralentissement de toute production répondait avec logique à la limitation des ressources, de l’espace et du recyclage. Mais on ne parvenait plus à expliquer l’impossibilité de maintenir un système régulé, équilibrant ses paramètres : même l’entretien, la simple conservation des choses, des êtres, de la vie... Rien de cela ne présentait plus à l’esprit de la plupart des êtres d’évidentes nécessités et applications. Siméon connaissait déjà les nouvelles mesures (si peu « nouvelles ») sans doute bientôt prises, et il avait eu l’intention de confier à son supérieur la perplexité grandissante que lui inspirait ces résolutions qui restaient sans effet. Mais lorsqu’il eut fini son verre, il écouta sans commenter le programme qu’Antonin lui résumait : limitation plus stricte de l’automatisation et des optimisation des rendements productifs des usines d’animium, tout cela bien évidemment associé à une campagne de dynamisation des personnes.

Une fuite en avant... non ? Une certaine contradiction, aussi, à réduire le potentiel technique alors qu’on l’intensifie pour la fabrication de notre soutien biochimique essentiel... Et pourquoi ne pas enfin permettre au parti des Automatistes un peu d’initiative ? Ces savants affirmaient pouvoir agir en bonne intelligence avec de puissants calculateurs d’une très utile autonomie. Siméon, toutefois, ne risqua aucune remarque, reposa son verre vide, se leva et sortit. L’étude dont il venait de déposer le compte rendu serait éventuellement plus éloquent. Même si des zones d’ombres inquiétaient et si de nombreux éléments soulevaient plus de questions, suscitaient plus d’incompréhensions qu’ils n’ouvraient de chemins clairement prometteurs.

 

 

Son médecin n’avait jamais accepté de quitter le quartier le plus dégradé de la cité, et la dernière périphérie, celle qui longeait la muraille de scellement de ce qu’il était coutume d’appeler « le ciel » : l’immense chapiteau en forme de pyramide tronquée sous lequel tout le monde se tenait à l’abri des composants mortels de l’atmosphère, et des rayonnements, si intenses que la chair prenait feu au bout de quelques minutes. La soudaine modification de l’air, qui avait tourné au poison, remontait aux temps immémoriaux. Mais au bord de la pyramide, au « bord du ciel », on savait que les points de verrouillage présentaient des défaillances d’étanchéité auxquelles on ne pouvait pas remédier complètement. De plus, sans en rester à ces endroits plus délicats, rien n’avait décidément prouvé que tout l’ancrage dans le sol garantissait un parfait hermétisme.

 

 Les volutes jaunâtres de vapeurs, qui surgissaient puis s’envolaient dans quelques courants d’air, signalaient la proximité de la bordure infranchissable. Siméon utilisait la carte obsolète qu’il conservait encore pour s’orienter dans le réseau d’innombrables ruelles. La densité de la population avait fait pousser des habitats qui s’accolaient, se serraient, s’enclavaient, se hissaient les uns sur les autres comme pour atteindre le haut d’un mur et s’échapper, et se rejoignaient aussi par des passerelles peu stables ou même des ponts rapidement recouverts de baraquements. Toute réglementation avait fini par disparaître. Et l’on ne prenait plus la peine de mettre à jour les plans.

Puis, la stérilité se généralisant, les décès asthéniques augmentant, près de la moitié des logements semblaient dorénavant inoccupés. Le manque d’entretien et de contrôle générait vétusté, insalubrité, effondrements. Le paysage, entre une faible lumière un peu bleutée et les zones d’ombres, entre ruines et anarchiques édifices mal fondés, entre sentiers improvisés par des éboulements, et les rues embarrassées, jonchées d’objets et de mobilier abandonnés, de détritus et de morceaux de constructions, variait de quelques motifs un ensemble dont on ne quittait pas l’impression d’uniformité. Si les murs, les accès, les reliefs changeaient, c’était comme pour les parties d’un même corps en décomposition : le morcellement des organes, l’expansion des tumeurs tentaculaires, la démultiplication des entailles et des tunnels, laissaient le grand squelette intact. On ne produisait plus grand-chose, on transformait encore un peu, parfois on dépouillait un endroit désaffecté pour en aménager un autre, mais tout se dégradait, et les résidus ne pouvaient plus être évacués sans risquer la panne d’un sas.

Siméon se frayait un chemin sur l’asphalte craquelée, muni de sa lampe, entre les anfractuosités, les trous, les affaissements, les gravats, en se repérant avec sa boussole et à la vue des constructions les plus stables. Il lui arrivait souvent de s’aventurer quelques moments sur un sentier adjacent pour entrer dans des salles désertées, suivre des couloirs, prendre des escaliers, traverser des paliers, tout cet agencement de petits espaces enduits de poussière molle, de suie, d’écoulements de liquides indéfinis... Un peu inquiet de se perdre, ou de faire une mauvaise rencontre, il revenait en empruntant le même trajet en sens inverse.

La plupart des plaques indiquant les noms des rues avaient disparu, on ne trouvait plus de numéros sur les façades, ou alors parfois quelques-uns collés négligemment les uns sur les autres. Le dispensaire où vivait le docteur n’avait pas perdu sa devanture. Et finalement, l’évolution donnait raison à ce personnage excentrique : la confusion et le délabrement de ce quartier, et de tout le pourtour, avaient envahi la ville entière.

Cet homme de science résistait de son mieux aux miasmes qui régnaient dans ces lieux, ainsi qu’aux troubles de mémoire et du métabolisme qui en rongeaient presque tous les habitants. Passé le vestibule dont la porte restait ouverte, après avoir sonné pour signaler son arrivée, puis en entrant dans la grande salle où il officiait, Siméon vit le grand, sec et vieil homme se lever de son fauteuil, contourner son bureau et venir lui serrer la main. Son corps maigre nageait dans une tunique descendant jusqu’aux genoux et un pantalon informe taillés tous les deux, depuis sans doute fort longtemps, dans une même toile ocre rouge qui se trouait à divers endroits et se constellait de taches.

Le patient s’installa sur la banquette pour que commençât s’auscultation. Les mains du docteur tremblaient, tout en exécutant rigoureusement les gestes habituels. Comme deux choses étrangères prisonnières de cette tête intégralement dénuée de pilosité et de cheveux, toute ridée, qui se flétrissait, les yeux qui l’examinaient trahissaient une sorte de peur agitée. « Vous n’auriez pas vous-même besoin de soins, ou simplement de repos ? »

Mais dormir sans somnifères n’apportait aucun repos : il rouvrait les yeux dans le même état de préoccupation et de lassitude. Il consacrait son temps, que sa présence d’esprit lui rendait encore perceptible, aux multiples soins prodigués à ses congénères. Il constatait que si les altérations s’étendaient à toute la population et avec une rapide aggravation des troubles, il voyait de moins en moins de malades venir chez lui. Sans doute la ruine de l’espèce s’imposait-elle invinciblement par l’annihilation de la volonté de guérir. En vous dévorant, le mal s’assure de vous tenir entre ses dents jusqu’au bout.

- Je pense, docteur, que cette maladie pourrait bénéficier de moyens plus efficaces. Vous ne croyez pas ?

- Quel genre de moyen, par exemple ?

- Vous connaissez aussi bien que moi les théories des Automatistes. La machine peut pallier notre déficience, concevoir plus vite et mieux que nos cerveaux, et nous aider à faire de cette destruction une crise qu'on dépasse.

Mais ces savants, que je n'ai jamais rencontrés... où en sont-ils eux-mêmes avec la maladie ? Ce n'est pas, ou ce n'est plus le résultat de nos fabrications, de nos inventions, de nos efforts qui offrirait une solution.

- Vous-même, vous ne pouvez pas être sûr de savoir dans quelle mesure notre intelligence est atteinte, diminuée.

- Personne ne peut plus rien. Qui a tort, qui a raison ? Qui même peut encore savoir que nous sommes "déficient" ? Qu'il y a une "maladie" en nous ?

- Dans ce cas, un principe devient impératif, et vous le savez, vous avez étudié la Logique sur les mêmes bancs que moi.

- Le principe de "l'action iconditionnelle". Oui, je me soiviens.

 

Le vieil homme posa ses instruments sur une des tablettes entourant son patient et garda le silence. Son regard enfin retrouva la profondeur et la fixité familières à Siméon, mais pour se concentrer sur une idée inaccessible à autrui.

 

- M’aiderez-vous ?

- Nous n’aurions sans doute pas cette conversation si nous avions perdu nos derniers moyens de réflexion. Je sais que l’impératif de l’action se justifie en l’occurrence. Toutefois, le club des Automatistes vit ses derniers jours. La dispersion par la force en est prévue. Je fais déjà un effort considérable pour parler avec vous de tout cela de cette manière.

- Mais pourquoi les persécuter ? Pourquoi interdire cette approche d’un problème qui, après tout, peut laisser au moins admettre la contribution de tous ceux qui en sont encore capables ?

 

Selon le docteur, ce qui se produisait ne pouvait s’appeler un « problème ». Toutes ses observations et les différents traitements n’isolaient aucune source précise d’un « mal » : les affections physiologiques, mentales, nerveuses, ne variaient plus d’un individu à l’autre, chacun finissant par les contracter toutes, et l’on assistait à une même évolution, et avec une même accélération pour tous depuis quelques cycles, avec des altérations sans rémission, irrémédiables. Il lui semblait que tout en pouvant expliquer le phénomène par le vaste contexte d’une planète agonisante, cela s’avérait endogène. L’asthénie annonçait le stade final de la catalepsie, puis l’organisme épuisait ses dernières énergies avant l’inertie complète. Et enfin, plus rien.

Siméon voulait encore croire qu’une nouvelle réflexion sur la manière dont vivait son espèce apporterait des solutions. Et quoi qu’il lui fût dit sur l’improbable et dangereuse thèse des Automatistes, il continuait à estimer que l’on avait inévitablement besoin de la force de raisonnement et d’analyse de calculateurs mécaniques seuls capables d’opérations nombreuses, d’hypothèses précisément évaluées, avec une grande rapidité. Mais si l’on commençait, entre quelques savants aux capacités suffisantes, à s’avouer proche la fin, on avait vite remplacé tout débat par des prédictions approximatives d’un terme que la plupart des derniers esprits avertis espéraient, comme rassurés par l’endolorissement et l’amnésie observés sur tous. Bientôt le sommeil éteindrait tous nos yeux, arrêterait tout souffle, ferait descendre dans la cité un silence et une pénombre pour l’éternité.

Le docteur, arrivé au bout de l’auscultation et des rapides analyses, demeura un long moment sans rien dire. Il retourna s’installer dans son fauteuil. Sa nervosité ne pouvait s’expliquer que par cette contradiction entre sa persévérance à soigner le peu de patients qui le consultaient et ce fatalisme que les faits objectifs confirmaient. Or, ce qui ajoutait dorénavant, depuis quelques minutes seulement, une perplexité sans fond à cette tension, comme à l’anxiété d’une perte imminente, de sa conscience dont il traversait alors le stade critique de lucidité, c’était bien évidemment la « santé » de Siméon.

- Je n’ai pas ressenti le besoin d’augmenter la dose. Je commence même à la réduire. Que pouvez-vous dire sur mon état ?

- Je n’ai pas vu d’autres cas similaires, mais les consultations se font rares, et les statistiques aussi, et quand on y accède, elles sont très succinctes, peut-être peu fiables.

- Comment je me porte, docteur ? Est-ce que je dois augmenter les doses comme le réclamerait le rythme des cycles ?

- Pas de besoin, pas de dose. Soyons logiques.

- Et si j’arrête ? Quels risques ?

- Impossible de le savoir, comme il était impossible de prévoir ce qui vous arrive. Et, quoique les informations manquent, si de tels cas s’étaient manifestés, cette information-là aurait vite circulé. Avez-vous changé quelque chose dans votre manière de vivre ?

- Absolument pas. Ce qui change, c’est malgré moi : je dors de façon régulière, sans m’y conditionner, et non seulement mes facultés ne diminuent pas, mais je ressens un regain de mémoire, comme un regain de volonté.

- De volonté ? Mais, de volonté de quoi ?

- J’ai trouvé une énergie inattendue pour ma dernière étude, pourtant ardue et longue, ingrate, que je viens de remettre ce matin au Centre des Enregistrements.

- Attendons alors un peu.

- Et si l’animium s’avérait la source du problème ?

- Nous y avons pensé depuis longtemps. Si nous arrêtons, on meurt en quelques jours. Et quant à le remplacer, fort peu d’alternatives, aucun intérêt. Je voudrais bien aussi que ce soit si simple. Je ne demande pas mieux que de croire à une guérison, un renouveau, un retour à l’épanouissement passé, dont on n’a plus que quelques traces, dont on se souvient à peine : on a encore des mots pour y faire allusion...

- Et mon cas ?

- Pourquoi pas ? Au point où nous en sommes. Revenez dans une semaine.

- Je veux entrer en contact avec le Cercle des Automatistes.

- Mais si votre cas s’avérait en effet être « un cas », alors, on pourrait œuvrer à ce qu’il ne reste pas isolé. L’automatisme des calculateurs n’aurait aucun rôle à jouer. Et je vous rappelle que toute relation avec ce Cercle de mathématiciens et de physiologistes illuminés relève strictement de l’Autorité Policière et Juridique.

- J’avais pensé que... dans votre situation, disons, peu conventionnelle.

- Peu conventionnelle ? Mais dans quel monde vivez-vous ? Je ne fréquente aucun de ces personnages.

- Ne savez-vous pas au moins quelque chose ? N’avez-vous pas un indice quelconque ? Personne d’autre que moi ne vous en parlé ?

- Comme vous, non. Revenez quoi qu’il en soit dans une semaine.

Cela dit, et bien qu’il n’eût aucun renseignement menant aux excentriques savants sur lesquels Siméon fondait ses espoirs, le docteur assura qu’il lui viendrait en aide pour certaines nécessités matérielles, s’il persévérait dans son intention. Il insista sur l’improbable utilité d’une action périlleuse. Sans pouvoir l’expliquer, et sans lien avec ses souvenirs, son expérience de la vie et sa culture, il préconisait la limitation des prérogatives et de l’autonomie des calculateurs, quels qu’en fussent les domaines d’application. Le programme confortait chaque personne encore sensée dans l’idée que ces technique ont indubitablement dû, dans un lointain passé, conduire l’espèce humaine dans une situation dont elle a eu tant de peine à se libérer jusqu’à ce jour.

- Pourquoi n’avons-nous pas de rapports historiques sur toute cette affaire ? Nous appliquons un « programme », nous sommes tout à fait bien éduqués, formés aux principes qui le justifient, mais nous passons en temps fou à l’archéologie d’une époque dont on trouve quelques indices, quelques échos, sans pourtant rien en conclure, et nous continuons à nous suffire de conceptions incohérentes ou même contradictoires. À notre dépérissement, l’on attribue aussi bien une origine naturelle qu’imputable à d’imprudentes techniques. Vous-même ne savez pas choisir ?

- Parce que je n’ai pas à choisir, parce qu’on ne peut pas choisir. On ne sait pas, c’est tout. On ne saura rien : entre l’intention de savoir et la force pour suivre cette intention, c’est comme un sablier qui va plus vite que nous ; le sol se dérobe.

 

 Siméon sortit de là très agacé, l’esprit confus, agité.

Il avait dû renoncer à parler à ce trop faible allié du rapport qu’il avait remis le matin même.

Les néons d’un repaire s’allumèrent, à quelques mètres. Il entra sans difficulté en présentant sa carte administrative. Il descendit rapidement dans les caves par un escalier à vis creusé dans le sol, dans la matière jaunâtre, luisante, granuleuse, par endroits alvéolée, suintante, éclairée par quelques ampoules aux lueurs tremblantes. Même ces lieux récemment si fréquentés se voyaient juste hantés par quelques derniers habitués, épars, seuls, certains immobiles, s’endormant, ne se réveillant plus, leurs corps évacués en brancard par une officine sanitaire encore en activité. Un nain malingre, en tenue règlementaire de serveur, impeccablement blanc et taillé, le visage très finement maquillé, les cheveux presque translucides, vint le rejoindre à sa table et lui servit la seule boisson dont les réserves étaient encore renouvelées : une noire liqueur de roche, de médiocre qualité, mais très forte. Siméon ne demanda même pas la compagnie d’une hôtesse. Plus d’un Cycle auparavant, cette pratique lui avait confirmé la disparition de tout désir sexuel en lui. Depuis longtemps, il s’en souvenait encore, une proportion non négligeable de la population avait vu ses organes génitaux et sexuels s’atrophier ; à présent, cette évolution touchait au moins la moitié de la Cité. Les dernières naissances planifiées avaient donné jour à des êtres sans aucune physiologie sexuelle et reproductrice. Et rien n’avait permis d’expliquer cet escamotage complet des genres survenant à partir de molécules sexuées. Ces cas surprenants avaient favorisé la limitation contrôlée des naissances ; puis leur augmentation, leur généralisation avaient supplanté le programme et engagé toute l’espèce vers une extinction rapide, mais indolore, sans éveiller ni de peur ni de regret.

La femme dont il avait loué les services avait dû déployer de nombreux moyens pour enfin déclencher son érection, d’une raideur de faible durée. À peine l’avait-il pénétrée et avait-il remué comme il faut, que le vagin inerte recueillit une sorte de petit crachat, comme lorsqu’on tousse ; et dont il ne sentit lui-même même pas l’épanchement. Son membre redevint mou en quelques secondes, et ce fut tout. Il remit ses vêtements, pendant que sa partenaire, qui avait aussitôt arrêté son jeu dès l’issue attendue, vidait et aseptisait son vagin.

Il ne restait décidément rien de tous les défoulements exutoires que ces lieux autorisaient. Plus personne n’en avait désormais besoin.

L’absence d’expression dans ses yeux et sur son visage au teint grisâtre lui rappela un instant sa dernière conjointe, plusieurs années auparavant. Comme dans tous les couples, ou toute autre combinaison, et toutes tendances sexuelles confondues, l'indifférence les avait séparés ; chacun parti ailleurs, de son côté.

Il sentit une main sur son épaule.

- Parlons un peu ensemble, voulez-vous ?

- Et de quoi ?

- Il se peut que nous ayons quelques intérêts en commun.

L’inconnu tira un siège depuis la table voisine et s’assit devant Siméon.

« Regardez bien ceci, observez... Que remarquez-vous ? »

 

 

 

II

 

 

 

CENTRE DES ENREGISTREMENTS ET ARCHIVES

Section des recherches d’objets signifiants

Rapport interne 124 679 - GH - 62 - P

Destinataire : Monsieur l’Inspecteur Général

Degré de sécurité : extrême

Année 1256, au Quart du Cycle, 13.

Siméon - Agent d’analyse et de classification, matricule AGTVFR42

 

 

Monsieur l’Inspecteur Général,

 

J’ai l’honneur de vous remettre en mains propres cette étude et vous garantis au titre de mon assermentation qu’il n’existe aucun autre exemplaire de mon rapport et que leur objet, lui-même sans copie, a été remis à l’enregistrement le 34 de ce Quart Cycle 1257.

L’objet, dans une boite cylindrique sous le numéro 567 23 - 98 - 3, est un rouleau de support imprimé, de 70 gr/mètre carré, d’une largeur de 40 centimètres, d’une longueur de 112,57 mètres, pour un poids de 3,25 kg. Impression simultanée à la réception du message radiophonique encodé en signaux nanométriques à ultradensité dont l’usage, fort bien connu, remonte à la période « protohistorique incertaine », sans datation possible dans l’état actuel de nos connaissances.

Mon analyse n’aboutit pas à une conclusion simple, malheureusement, mais j’ai bon espoir que mon travail pose au moins quelques premiers fondements utiles à une recherche dont nous avons tout lieu de penser qu’elle nous promet de grandes découvertes.

J’avoue que cet objet, ainsi que les réflexions auxquelles il m’a conduit, m’ont profondément troublé. Une semaine m’aura été nécessaire pour tout à fait sortir de l’inquiétude étrange qui m’a tenu enfermé chez moi ; ce qui a motivé ma sollicitation d’un congé médical.

Rassurez-vous, je suis parfaitement remis de la fatigue et des étonnements qu’a générés la prospection de tels horizons inconnus.

 

Puis, votre incomparable et infaillible génie viendra vite et définitivement dissiper cette anxiété que vous trouverez sans aucun doute ridicule, bien propre à mon jeune âge.

 

Avec tout mon loyal dévouement.

 

Siméon, agent première classe d’analyse et de classification.

 

 

*

 

 

Le « texte » sera mesuré en temps de réception. Il s’agit d’une durée de 112 minutes et 57 secondes, soit une minute pas mètre de scripte. Nous appellerons « séquence » cette unité de 1 mètre à la minute. Quant au terme « période », elle désignera un ensemble de séquences (pas nécessairement entières) dont nous estimons qu’elle présente une homogénéité. Enfin, une « partie » désignera un enchaînement de périodes dont nous proposons l’hypothèse dramaturgique.

 

Première partie du document.

Un quart du document transcrit ne comporte que des nombres et signes mathématiques dont la plupart nous sont familiers. Les espaces les séparant sont strictement égaux. Les observations et les recoupements ont pu mettre au jour des formulations destinées à des traitements de données, des procédures d’activités. Les fonctions utilisées ne posent pas de difficultés de lecture et ne comportent pas d’erreur. Tout concourt à les interpréter comme des traitements d’informations, à des visées opérationnelles, certainement d’ordre mécanique.

Nous reconnaissons ce que nous utilisons nous-mêmes pour planifier, cataloguer l’utilisation des machines, pour nos procédés... j’ai même cru recevoir une compilation de ces consignes que nos ouvriers portent avec eux pour aller d’un poste à un autre. Mais toutes les données, les commandes sont traduites en formules mathématiques, un peu comme pour s’assurer au plus près de l’exécution des tâches et pour sans aucun doute son évaluation en rapport à quelque objectif que ce soit.

Alors que nous savons à quel point l’asthénie s’est répandue depuis longtemps, ruinant l’industrie humaine dont nos concitoyens n’ont presque plus aucun souvenir, s’agirait-il d’un projet pour une sorte de direction plus efficace des travaux ? Un plus sûr accompagnement des volontés ? Voire un système qui pourrait suppléer aux manques ? Nous en aurions été informés. Ne croyez-vous pas ? Cela reste déroutant. Nous savons bien que l’apathie qui s’est tant propagée nous met en danger, mais nous savons que déléguer notre volonté à des calculateurs-agissants serait la fin de tout.

En tout état de cause, on relève ici des mesures de distances, de durées, de masses, de densités, ainsi que des coordonnées géographiques, mais aussi des compositions chimiques, des classifications d’objets : j’ai transcrit dans l’annexe 3 l’ensemble des opérations reconnues. J’en propose ici en quelques mots une interprétation : recherches, identifications, descriptions, dénombrements, statistiques ; et des exécutions de types transports, combinaisons d’éléments (des objets ?), avec de longues phases de vérification où l’on valide ou invalide, puis des corrections. Tout porte à penser qu’il s’agit là d’actions mécaniques appliquées à des « choses » extérieures plutôt à des composants, comme une machine agit sur elle-même pour agir ce qui lui est étranger.

Mais ce qui constitue cette partie que je viens d’exposer n’est pas encore plus surprenante par elle-même que par son évolution : apparaissent des nombres qui n’entrent pas dans les formulations identifiables. Ils sont répétés, puis d’autres viennent encore s’insérer. Il s’agit d’une intrusion, sans lien avec ce qui les précède et les suit, comme des pierres jetées dans un cours d’eau. Leur irruption arbitraire conduit l’examinateur qui les repère (voir encadrements) à les relier entre eux. Une sorte d’énoncé second, au travers du premier, constituerait un autre système de signes. Néanmoins, aucune cryptographie n’a pu traduire d’énoncé.

En dépit de ces combinaisons qui tendraient à établir une sorte d’énoncé (mais lequel ?) sur une période de deux à trois séquences, une foule de chiffres soudain apparaissent, sans plus aucun lien détectable entre eux (à ce moment de ma recherche), comme une sorte de nuée interférente, perturbante, puis bientôt de vague déferlante, pour tout disperser et en revenir aux formules que nous avions observées au début.

Mais, à des intervalles de plus en plus rapprochés, tout le processus de compositions éparses, et progressivement plus serrées, recommence, toutefois dans un style si différent que ce n’est pas vraiment un recommencement. La langue produite ne serait alors pas la même. Mais est-ce une langue ?

Mes remarques confineraient à la digression, s’il ne s’agissait en vérité de donner une image un peu de haut des phénomènes qui se succèdent. Au vu de l’ensemble de l’énoncé, j’émets ici l’hypothèse de périodes de constructions rompues, puis abandonnées lors de séquences de perturbation.

 

 

 

Romain CARLUS

AVERTISSEMENT

 

Ce site réunit et reconstitue l'oeuvre de Romain Carlus : les rubriques sont donc évolutives, se remplissant à mesure que les manuscrits sont traités.

 

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"En travaux" : l'oeuvre est en cours de traitement avant d'être entièrement publiée

"À suivre" : l'oeuvre va être complétée progressivement

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