Il ne savait pas immédiatement si c’était bien leur train qui avançait : car celui qui stationnait en face, parfois, partait avant le leur, dans un sens ou dans l’autre, et il se trouvait ainsi victime d’une illusion. Il demandait alors à sa mère : « C’est lequel qui avance ? Le nôtre ? » Elle ne répondait pas, ou bien faisait semblant de se poser la même question. Mais seul un esprit d’enfant, dont le jugement est aux prises avec tant d’impressions mêlées, de sensations, et de perceptions insituées, peut connaître ce moment un peu étrange. Aussi n’a-t-il jamais retrouvé cette excitation enfantine qu’il ressentait à l’instant magique où le wagon se mettait à bouger. Sur le siège devant lui, son fils de cinq ans eut dans le regard qu’il porta tout autour et vers le quai un petit scintillement de plaisir et de curiosité. « Ça y est, on avance. » Cette phrase de son père n’apportait évidemment aucune information nécessaire. Elle solennisait le départ et soulignait symboliquement leur complicité.

Le trajet durait environ trois heures. Antoine savourait le calme naturel et patient de son garçon, cette vie toute intérieure où l’on peut entrevoir, comme à la surface d’un lac, mille richesses qu’il est bon de ne pas perturber, une quiétude que certains adultes traduisent parfois stupidement comme un signe d’inhibition. Lui-même, enfant, attirait souvent des compliments que l’entourage adressait en même temps à sa mère quand elle partait en voyage avec lui. Et dans les paysages, tout apparaissait, défilait, se déployait, disparaissait, changeait ou se répétait, se creusait ou s’élevait, se rapprochait ou s’éloignait, s’illuminait ou s’assombrissait, en racontant sans interruption un poème épique et hypnotique où l’on peut soi-même insérer ses petites inventions, ses petites histoires, ses petites folies oniriques de formes et d’événements. Antoine avait été un enfant qui ne lisait pas souvent, mais qui ne cessait d’observer et d’écouter. Et pour peu qu’on lui laissât la parole et qu’il s’agissait de raconter, il pouvait tenir des heures, pourvu que la composition lui permît de poursuivre de manière logique, répartie, équilibrée, comme pour peindre un vaste tableau, une fresque, quand bien même on ne l’écoutait plus.

Entre les pages, ou les paragraphes, ou parfois entre les lignes du livre qu’il tenait ouvert et posé sur la tablette, un peu à la verticale, sur la pointe de la tranche, il jetait un regard sur Adrien, qui quittait à peine des yeux la grande vitre. On tenterait assez tôt et souvent de lui voler ce temps de la contemplation, celui de cette imagination intime ; on lui entraverait pour mille raisons mensongères l’entrée dans son propre jardin secret, où abondent les floraisons de ses rêveries et ses sensations exclusives, où varient à leur discrétion les saisons de ses souvenirs, où s’étendent, s’approfondissent ses liens mystérieux avec le monde, ce monde quand il pourrait se passer de l’agitation obscène et industrieuse des foules. Il lui faudrait lutter contre l’accaparement permanent qui, sous ses artifices séduisants ou avec ses chantages oppressants, angoissants, finissent par nous faire perdre le chemin, nous dissuader de le retrouver, ou parviennent à instiller en nous un mal-être qui répand le chancre, le dessèchement, la stérilité dans le jardin, déjà par endroits pillé, abîmé par de néfastes intrusions, les murs érodés, ici ou là effondrés. On nommera « désillusion » ce qui en vérité est un crime, un génocide immensément organisé contre chaque homme dans sa poésie.

Antoine avait compris vers la fin de son adolescence qu’au fil des années sa vie allait non pas s’épanouir, en dépit de toutes les apparences, mais au contraire se réduire. Que lui restait-il de vraiment personnel et fidèle à ses véritables goûts ? Il s’était senti emporté dans un vaste mouvement impossible à contrer, ni même à ralentir, où d’à-peu-près en à-peu-près la dérive devenait flagrante et dramatique, et finalement sans correction possible. Il avait dans sa barque ramé selon des cartes a priori fiables, achetées souvent fort cher, passées sous le manteau, mais pour accomplir de vains périples sinueux, et de fausses lignes droites, perdus dans un courant beaucoup plus vaste qui réorientait sa course sans qu’il ne pût rien y changer.

Il comprenait sans difficulté ni de radicales hostilités l’altruisme, ce qu’on appelle les « concessions », que réclame la vie conjugale, et il ne perçut pas dans le mariage une fatale asphyxie, une inévitable asthénie mentale, un enlisement que lui aurait infliger le poids d’un scaphandre. Mais alors qu’il avait retardé assez longuement le calendrier d’une naissance, celle-ci, une fois advenue, lui offrit de connaître paradoxalement le bonheur d’avoir un fils et l’ampleur des dommages provoqués par sa vie de couple. Il se sentit à la fois paralysé et dans une agitation nerveuse toujours plus exacerbée : ne pouvant se révolter contre l’irréversible désamour sans risquer de perdre son fils, contre le renoncement qu’on avait attendu de lui, tacitement, inflexiblement, cette abjuration de ses aspirations les plus intimes, contre la ruine qui avait altéré jusqu’à son instinct de survie, ne pouvant se révolter sans tomber dans un procès piégé, sans devoir avouer sa propre négligence, sa compromission, sa lâcheté (s’il n’avait pas été heureux, que ne l’avait-il dit auparavant ?), et sans être coupable de haute trahison envers de grandes causes dont Adrien se trouvait être justement le fruit.

Il replongea dans sa lecture, mais n’arrivait plus à suivre les phrases. Il se rappelait avec quelle effroyable clarté son existence lui apparut complètement illusoire. Il se revoyait encore, là, dans cette maison trop grande, immobile pendant des heures dans le fauteuil de son bureau, immobile dans cette impasse où sa compagne l’avait bien évidemment regardé se fourvoyer depuis des mois, sans rien dire. L’indifférence dont cette femme était capable envers lui, son invariable habitude de sélectionner ce qu’elle voulait ou ne voulait pas percevoir, ce consciencieux discrédit sur tout ce qu’il pouvait dire, tout cela confirmait une infirmité qu’elle ne pouvait plus dissimuler sous les fantaisies de la jeunesse, confirmait son intérêt affectif exclusivement possible pour les enfants, pour les êtres congénitalement liés à elle, et confirmait aussi la très fragile construction imaginaire dans laquelle il tentait de vivre en dépit de l’écœurement. Finalement, aucun des deux n’attribuait plus à l’autre de réalité humaine. Chacun dans ses tranchées.

De plus, entre un mal de vivre à deux ou seul, il avait trouvé que les habitudes sexuelles confinaient franchement à l’escroquerie. Il avait donc accepté l’intégrale culpabilité pour pouvoir enfin bouger, mais il savait bien qu’il allait devoir renoncer à voir grandir son fils, car grâce à une distance géographique bien calculée, elle avait réussi à imposer la séparation la plus radicale possible en dépit d’un divorce par consentement mutuel. Mais le consentement n’était pas si mutuel que ça : il avait bien eu la tentation de ne pas se laisser faire. L’avocate, heureusement compréhensive envers le mari, l’avait prévenu de l’inutilité et des risques d’une telle réaction, fût-elle juste. Pour ne plus faire subir à son fils le spectacle des parents qui s’entretuent à petit feu, en fin de compte il fallait qu’il acceptât de ne le voir que très peu. Devant l’avocate, puis devant la juge, et s’appuyant sur une indigne faveur de la loi envers les mères, son épouse avait effectivement tenté de dévaloriser et même de lui confisquer sa paternité.

Antoine eût préféré apprendre beaucoup plus jeune à se détacher des dépendances affectives. Il contempla lui aussi l’immensité des paysages et des ciels où glissait le train. Des scènes apparentées par sa mémoire à cette posture présente se dressèrent en filigrane quelques instants : des personnages observant avec fascination ce qu’un large hublot leur révèle de l’univers extérieur à la paroi du sous-marin, ou du dirigeable, ou encore de la fusée où ils se trouvent.

 

Une vieille dame allait attendre là-bas sur un quai de gare d’une petite ville de province. En ouvrant les volets, qui grinçaient un peu en raison du climat moins humide, elle se réjouissait à la vue du ciel bleu que les légères brumes matinales allaient vite quitter. La fraîcheur nocturne encore persistante lui fit rapidement refermer la fenêtre. Les parcelles de jardinets, aux contours irréguliers, assemblées comme les pièces d’un puzzle, avec leurs frêles et étroits cabanons et remises, s’étendaient devant sa maison en ne laissant voir à l’horizon que des rangées de peupliers balançant leurs cimes et faisant papillonner leurs feuilles. Déjà quelques grands-pères et grands-mères, certains accompagnés d’un ou deux enfants, auscultaient légumes, fruits et fleurs, taillaient, éclaircissaient, sarclaient, cueillaient. Sur la petite route au bord de laquelle s’alignaient face à face les maisons et les jardins, se croisaient et paressaient quelques chats, les uns revenant de leur nuit, d’autres sortant pour la journée. Après son rapide petit-déjeuner, elle irait dans le centre-ville pour acheter de quoi préparer le repas de midi, dont elle n’avait pas encore une idée précise. Elle espérait la trouver sur place.

 

Antoine posa son livre à plat, ouvert, les pages contre la surface de la tablette en métal. Il sortit le sachet des mini-viennoiseries qu’ils avaient choisies dans la boulangerie face aux quais. Certains gestes, certaines attitudes, sans doute accentués par l’évidente ressemblance que son fils avait avec lui, mais sans être exagérée, lui rappelaient non pas seulement l’enfant qu’il était, et dont il pouvait de ce fait mieux se souvenir, mais celui qu’il avait dû être aux yeux de son propre père (et qu’Adrien n’avait pas connu).

Une scène en particulier lui revenait et avant laquelle, estimait-il, cette étonnante perception n’avait pas encore été consciente, si tant est même qu’elle eût été possible. Lors d’une promenade en forêt, dans la froide humidité de l’automne, il avait allumé sa pipe. Arrêté sur le sentier pour bien s’y prendre, il avait prévenu Adrien qui se retourna et revint un peu sur ses pas. La fumée s’éleva lentement dans l’air. Son fils, qui avait alors trois ans, observait le phénomène. Mais sa curiosité devant ce petit événement atmosphérique s’élargissait visiblement à une considération dont la nature intense éclaira la mémoire d’Antoine d’un nouveau jour, pourvut son esprit et ses sens d’une nouvelle faculté. Si Adrien par son regard lui disait « C’est mon père », « Mon père fume la pipe », un phénomène simultanément se produisait : son propre père avait forcément connu cette sorte de reconnaissance, de déclaration d’existence de sa part. Il lui semblait voir au travers des yeux de son père, alors plus proche de lui que jamais.

 

La mère d’Antoine préférait préparer très à l’avance un plat pouvant se réchauffer et même en gagner un peu plus de saveur. Elle n’avait donc pas tardé à se mettre au travail. Une recette qu’elle savait par cœur, mais qu’elle vérifiait machinalement. Dans tous ses gestes, ce matin, elle se revoyait cuisiner son fameux canard aux olives, et bien d’autres mets, aux multiples occasions des repas de famille, quand sa mère était encore de ce monde, quand son mari était aussi encore là, et avec Antoine... Quand elle était petite fille, le banquet de sa première communion l’avait fortement marquée. Très choyée par les grands-parents, les oncles, les tantes, les cousins et cousines, elle n’avait pu contenir après sa joie l’inquiétude et bientôt la crainte en s’apercevant que sa mère ne souriait pas, s’éclipsait souvent de la salle à manger, avait le tour des yeux un peu rouge. Elle avait cherché quelle faute elle avait pu commettre envers sa mère pour provoquer une telle tristesse qui, certainement, allait aboutir à des remontrances que la fête retardait.

Elle jeta un œil sur la feuille à petits carreaux où le temps de cuisson était précisé, bien qu’elle le connût déjà, bien qu’à ce moment-là il ne restait plus qu’à laisser mijoter tranquillement.

 

Adrien ouvrit le premier des livres qu’il avait emportés et empilés devant lui. Malgré l’indiscutable défaut de présence que le divorce avait imposé et qui ne pouvait être vraiment compensé, Antoine fut un peu rassuré par les signes de complicité qui reliaient leurs journées ensemble au-delà des périodes sans se voir, mais il faudrait sans doute encore longtemps pour que s’atténuent les effets, guérissent les séquelles de la coupure qu’il avait subie, de l’isolement radical, de cette chute sans fin dans un puits de noirceur, de cet exil immobile, par le vide, comme une âme qui aurait quitté le corps sans laisser un mot.

Il pensait aux derniers jours où il avait vu son père, les efforts persévérants qu’il faisait pour commander à son corps, pour rassembler des pensées, prononcer des phrases cohérentes alors que les amarres se rompaient les unes après les autres, alors que cette chose qu’on appelle la vie lui échappait comme le sable coule d’un sac percé, et le laissait seul démuni, perdu, bientôt muet, endormi, vide.

Peu de souvenirs en fin de compte lui restaient de cet homme, non pas froid, mais distant, hermétique à la complicité, surtout très accaparé par sa mère. Quelques images, quelques brèves scènes, des bribes de paroles, quelques idiomes, des variations et une approximative tonalité de sa voix, quelques moments surprenants de dialogue, de conseils et non plus d’injonctions ou de colères. Sans doute avait-il été si souvent berné, trahi, humilié, exclu, égaré, au travers de la seconde guerre et d’un premier mariage inepte, qu’il avait dû tout construire et renforcer avec les moyens du bord, contre les angoisses et l’adversité. Ce qui l’avait porté à l’exagération, à une certaine démesure, entre une impulsivité inquiétante et pourtant le don de rassurer.

Avec les années, et surtout après l’enterrement, Antoine s’était surpris des ressemblances avec ce père énigmatique, dont il n’avait connu le passé que tardivement et de manière très partielle.

 

Assaillie de plusieurs douleurs familières qui ne manquaient jamais de ponctualité, dont elle se plaignait avec indignation mais qu’elle ne voulait surtout pas raconter, « comme font les vieux », selon son expression, elle se complimentait de son organisation qui lui permettait à présent de se reposer une petite heure. Elle ne considérait pas avec le fatalisme conventionnel, proverbial, que l’on attend des « vieux », cette dépossession de plus en plus accélérée du corps, cet avilissement de l’esprit qui se réfugie alors souvent dans une piété plus sordide et lâche qu’inspirée. Par son hyperactivité cérébrale et nerveuse, quelque peu répétitives malgré tout, elle opposait une mauvaise humeur, un capricieux dédain de mauvaise tête à cette injuste dégradation qui nous tourmente, nous humilie, nous torture comme si naître devait se payer de culpabilité, puis de punition. Elle persévérait ainsi comme on refuse la compromission, la complicité avec un régime politique corrompu.

Elle pourrait sans doute lire un autre chapitre du nouveau roman policier qu’elle venait d’acheter avant de dresser la table et partir à la gare.

 

Antoine, âgé alors du sept à douze ans, accompagnait souvent sa mère quand elle allait à Paris faire les Grands Magasins. Il aimait particulièrement l’arrivée du train, quand le paysage n’est plus qu’une vaste multiplication de rails, d’aiguillages, une longue succession de hangars, de grues, de passerelles, de tourelles, de guérites, un rassemblement immense de convois de marchandises aux wagons bizarres, sans vitres, grisâtres, anthracite ou rouille, avec des trappes, des manivelles, des poulies, des échelles, des bras métalliques, des tuyaux tortueux. Le passage de ténèbres sous le pont du boulevard Auriol marquait officiellement le franchissement du seuil de la capitale, sa ville. Le train avançait alors entre deux très hauts murs de grosses pierres concaves, couverts de suie, piqués de panneaux d’une signalisation énigmatique. Parmi les intervalles des rails dont le nombre s’était réduit, s’élevaient des poteaux avec des feux rouges, blancs, verts, jaunes, et, à même le sol ou sur des talus de béton, brillaient des yeux de veilleuses violettes. Puis le train ralentissait nettement en entrant sous l’immense verrière haute et élégante comme une cathédrale. Dans la foule, dans les rues, dans les galeries du métro, sur les boulevards bondés, dans les somptueux palais du Printemps et des Galeries Lafayette, du BHV, du Bon Marché, il suivait sa mère comme le second d’un capitaine, sachant qu’il aurait aussi sa part du butin. Les avis, les conseils qu’elle demandait à son jeune fils le hissait à hauteur d’homme et il apprit sans doute beaucoup de choses sur les femmes, avec une acuité du regard qui sans doute expliquait qu’il aurait plus tard si peu d’indulgence envers le manque d’élégance. 

 

Ce n’était plus sur le même allegro qu’elle avait marché sur les trottoirs de la petite ville de province jusqu’à la gare. Quelque peu essoufflée elle entra dans le hall. Peu de personnes attendaient sur le quai. Elle avait environ un quart d’heure d’avance, mais elle restait debout. Elle ne savait pas clairement pourquoi, car les places libres sur les bancs lui auraient permis une pause bénéfique, peut-être même nécessaire. Elle regardait au loin, là-bas, jusqu’à la courbe où allait apparaître le train. Une étrange tension la forçait à fixer cet horizon auquel l’étroitesse de la voie ferrée entre les arbres donnait l’allure d’une sortie de tunnel, d’une sorte de porte entrouverte. Une déraisonnable anxiété montait en elle, accélérait les palpitations de son cœur, enfiévrait un peu son front. Pourtant elle fut parcourue de frissons comme si elle avait froid. Cette attente n’avait pourtant rien qui fût hors du commun.

Lorsque la locomotive apparut, à cet instant précis, toute la scène se reconstitua soudain, entièrement, probablement avec la rapidité et la précision de ces visions qui surgissent et se déroulent, paraît-il, à nos yeux à notre dernier souffle. La scène se reconstitua et le train approchait. C’était sa propre mère qui était là, comme elle, sur ce quai, sur le quai de la gare d’une autre ville, mais cela se reproduisait là et maintenant : sa mère, tenant par la main sa fille de trois ans, sa mère venant tous les jours sur le quai, sur ce quai, pour retrouver, descendant d’un des wagons, son père, et ainsi chaque jour, durant des semaines, en hiver 45. Puis elle allait ensuite, déçue, prendre un petit verre de Suze à une des tables du bistrot place de la gare. Dans ce bistrot, à cette table où la rejoignit un jour un homme qu’elle ne reconnut pas immédiatement, avant qu’il ne se présentât, avant qu’elle ne retrouvât en effet sous les traits du vieillissement trop rapide qu’inflige la guerre le visage connu d’un ancien voisin : « J’habite maintenant de l’autre côté de la ville. Je suis revenu depuis presqu’un mois. Tu sais, si tu as besoin de quoi que ce soit, on est là, ma femme et moi, on peut vous aider. On se doute bien que ça doit être dur, avec ta fille. » Elle était donc venue chaque jour pour une attente absolument vaine : elle n’aurait pu que voir, au mieux, le fantôme de cet homme, de ce père que sa fille n’allait donc jamais connaître, et qui avait été tué depuis plusieurs mois.

 

La portière s’ouvrit, Antoine, sur le marchepied aperçut sa mère au bord du quai, toute frêle, comme au bord d’un gouffre, les yeux perdus dans le vide. Il lui fit signe et comme se réveillant elle répondit d’un geste, se mit à marcher énergiquement, comme si elle était arrivée en retard. Il descendit, prit Adrien dans ses bras et le posa sur le quai. La veille dame embrassa l’enfant et son père.

 

Romain CARLUS

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