Elles ont fini par pourrir. Elles ont attendu trop longtemps. Ce vieux frigo ne conserve rien... Pas assez d'argent pour ce genre de luxe. Il faut les jeter. On verra... On dirait du sucre glace dessus... Ça rappelle la plante sur le comptoir du gros Lloyd... De la pourriture en branche... De la pourriture. Il pue tellement que les plantes crèvent autour.

Il est confortable, mais vraiment mal placé : le lit de ce côté, la commode là, le radiateur ici... Je ne vois pas où ailleurs. C'est la seule place possible. Ici, il n'y a qu'une seule place possible pour chaque chose. Moi, par exemple...

Il faudrait faire un peu d'exercice tous les jours pour ne pas avoir comme ça les jambes aussi lourdes. J'ai l'impression d'avoir dix ans de plus... Le long de la route, peut-être... avec le sable d'un côté, le sable de l'autre, le sable partout. Il faut bouger... Fourmis qui me bouffent les jambes... Bouger, c'est absolument vital, pour ne pas être enfoui sous le sable. Quand on a trouvé sa place, c'est pour y rester. Je ne vais pas fermer l'oeil cette nuit avec cette odeur, c'est clair. Mais ça ne va pas durer longtemps... Disparues !

On est quand même mieux sur un lit. Il fallait bien finir par se coucher tôt ou tard. Elle ne viendra pas ce soir. Il vaudrait mieux enlever ça. C'est vraiment l'épreuve de force pour les retirer. On ne voit même plus le daim sous la terre séchée, la graisse, l'essence. Je suis bien sûr qu'on ne les volera jamais, je peux les laisser dehors. Et de toute façon, personne cette nuit... Commence à faire froid. C'est ce préfabriqué qui garde la chaleur, mon vieux... On nous cuit doucement... On nous étouffe... Et puis le frigo... Mais celui qu'on croyait déjà fini prépare son coup, celui qu'on croyait endormi... Et ce sera un massacre. Il sort, il referme la porte derrière lui... Tout le monde est en train de dormir... Tout le monde est mort, mais lui se relève de sa tombe... Il s'approche du restaurant. Il brise la vitre, il ouvre la porte, il traverse la salle, entre les tables et les chaises, il passe derrière le comptoir, il force le tiroir-caisse. Il prend tout l'argent et le revolver qu'il met dans sa poche. Il ressort, il sent le vent froid du désert la nuit... Il sait que c'est le bon moment, que c'est maintenant...

La salle est presque vide. Juste deux personnes... Trois avec Linus... On a perdu l'habitude de le compter. Sûrement les chauffeurs du camion. Je ne les ai même pas entendus. Il n'a toujours pas réparé l'enseigne. Linus est déjà la tête sur le zinc. Il n'aura pas tenu longtemps, ce soir. On dirait qu'il a la tête posée sur un billot. Et c'est le gros Lloyd qui tiendra la hache. Il faudra trouver quelqu'un d'autre, il n'est plus bon à rien... Mais, après tout, ce n'est pas un problème, ici, il n'y a pas de problème. On vient ici pour crever. La vieille Laura y est passée. La bouche toute noire, des cratères sur toute la figure, étouffée sous la crasse. Et c'est Lloyd qui fournit le poison... Tu ne m'auras pas.

Inutile de laisser ouvert. Suzie ne viendra pas. Mais ce n'est pas plus utile de fermer à clef. Et ce ventilo, trois fois qu'on le répare et ne tourne pas... Et cette fenêtre bloquée... Le sable. Et le voilà qui tourne encore autour de Suzie. S'il savait qu'elle couche avec moi ! Elle ne doit vraiment pas s'amuser. Quand il la coince dans la cuisine, dans la cour, à côté des poubelles... Quand j'y pense... Quand elle doit sentir ça lui rentrer entre les cuisses... Et toute sa giclure qu'il lui envoie... "C'est comme un furoncle qui pète", elle dit... Court à la salle de bain pour se rincer, vider ça, se nettoyer, curer cette saloperie... Rien à voir avec nous... Rien à voir pour elle... Si j'avais été là, je te jure... Et même dans la chambre... Sous les yeux d'Amélia... Maintenant qu'elle est clouée au lit pour le restant de ses jours, il ne se gêne plus. Mais dès que Suzie le peut... Fini ! Comme la petite Annie, après l'avoir violée dans la cave... à ce qu'elle a dit. Et elle est partie. Elle n'est même pas venue me voir. Le type l'a emmenée avec lui dans la voiture.

Demain, il faut lui parler. On va préparer ça. Lloyd sera furieux. Il n'en reviendra pas. Et nous, on sera déjà loin. J'aurais dû mettre des glaçons... Elle est à peine fraîche... Mais je n'ai pas envie d'aller jusque là-bas. Mais je pourrais en profiter pour lui parler, pendant que Lloyd a le dos tourné. Quelle figure tu fais ! Sur le bord de ton matelas, devant ton armoire à glace... La gueule fendue par la fissure de la glace... Tout blême avec cette lumière... Une viande blanche.

On est encore mieux dans le noir, juste éclairé comme ça... "MOTEL"... "M...TEL"... Toujours pas réparé le "O". C'était comme ça, la nuit, l'autre nuit, quand elle est venue. Elle a fermé sa porte, la porte de la chambre 71, je peux me souvenir de tout... Je l'ai entendue s'arrêter. Elle a frappé doucement. Ces occasions-là n'arrivent qu'une seule fois. Je ne comprends pas encore pourquoi. Toute seule à faire cette route... Je n'ai rien d'un type qui fait frémir les femmes, mais ici, quand on voit Lloyd et Linus... Mieux que Suzie... Ses seins remplissaient bien son corsage et faisaient pointer leurs petits bouts sous le tissu. Elle avait la bouteille de vin français... Ces dépenses ne pouvaient pas être pour l'occasion d'une nuit avec un inconnu. On l'avait sûrement plaquée. Ça ne pouvait être que ça. Le vin est si rare ici... Oui, c'est joli ce ruban dans vos cheveux... J'ai toujours préféré les rousses... Et cette petite robe... On buvait... Elle se dandinait sur la chaise... les jambes ouvertes... nues... devant celui dont les mains nagent dans le cambouis toute la journée... et qui pue l'essence même après une douche... Celui à qui Lloyd ose dire "Bonne nuit et bonne branle" ou "À demain, PD", il donnait du plaisir à une femme qu'il ne pourrait jamais s'offrir... nue sous mes doigts... nue au matin... nue le soir dans sa chambre... nue sur les draps trempés de son sang... du sang jusqu'au sommier... les fentes entaillées sur ses poignets... Les cris de Suzie... et Lloyd qui se rinçait l'oeil... La bouteille, vide, toujours là.

Rien de meilleur qu'une bière... même à peine fraîche. Il faudra y aller demain... Si je ne suis pas mort étouffé cette nuit dans cette piaule... Ça c'est de la bagnole ! Voilà des clients... Je sais ce que ça vaut des engins pareils... C'est qu'il s'y connaît sous sa crasse de mécano minable. Dans ton désert... Je suis sûr qu'il me prend pour un crétin, sinon... Et pourquoi il se gênerait ? Mais tu ne perds rien pour attendre. Tu te la fais comme tu veux pour le moment... C'est toi le roi, ici... plus pour longtemps... Le grand Jeff... le maigre Jeff... Cet abruti de Jeff entrera dans ton sale restaurant plein de mouches... Il va te donner la peur de ta vie... Pour l'instant, le fameux Jeff, il cherche encore son décapsuleur... Si ça continue comme ça, elle va bientôt être chaude. On sera obligé d'aller voir dans sa cuisine... On touche pas les murs tellement ça colle.

Toujours sa serviette à vaisselle sur l'épaule... Tu dois t'essuyer le cul avec. Il reste quelqu'un dans la voiture. Tu fais pas erreur mon vieux. C'est une femme.

Elle a dû glisser là... Une vraie décharge à capsules, ce coin. Il n'y a vraiment rien de meilleur... même tiède. Et ici, il n'y a rien de bon... sauf tes hot-dogs, vieux crapaud merdeux ! Il faut être honnête, tu sais bien les faire... ta sauce spéciale... Il va sûrement t'en acheter, un pour lui et un autre pour elle. Tu peux faire de grands gestes, tas d'graisse ! Tas d'crasse ! Tas d'merde ! Tu n'perds rien pour attendre. Pas de hot-dog, rien... Il demande sa route, le con... Il n'y en a qu'une jusqu'à la ville... Le reste, c'est si tu veux dessécher sur le sable... Même pas une tête de vache pour peupler cette mort... sauf la tienne... Quelle grande gueule ! Rien qu'à le voir l'ouvrir, on sent d'ici qu'il pue... qui pue, qui crache et qui la traite comme une... ça dure ! Il comprend rien, ce type... ou c'est Lloyd... oui, c'est Lloyd qui le fait marcher : deux clients qui ne vont pas lui échapper comme ça. On remue dans la voiture... Avec un engin comme ça, on est déjà loin, avec Suzie... Elle fait son sac juste après le service.... Il faudrait qu'ils restent ici cette nuit... Il faut qu'ils restent ici cette nuit... Une blonde... On trouve le temps long... Tu en mets un temps Lloyd ! Tu te ramollis... C'est par ici qu'elle vient... On peut dire qu'elle n'a pas peur... Au ras du cul... Je te prends la bagnole, tu gardes la fille... On n'a pas le droit aux deux à la fois... Ici, c'est le grand Jeff qui fait la loi... Tu regardes partout... la route... ma fenêtre... le 71... la route... par terre... rien... la vitrine... rien... Tu te demandes ce qu'on peut bien faire ici... Crois bien que personne n'est venu ici pour se poser ce genre de question... Quand on reste ici, c'est parce qu'on ne sait justement pas où l'on est... La pousser jusqu'au resto... Non, trop tard... Tu as raison mon vieux, tu devrais la surveiller de plus près... C'est de l'appel au viol... C'est sa fille ? Non, on ne fourre pas comme ça la main dans la culotte de sa fille, ou alors...

Voilà, on la pose au resto... On revient à la voiture... Ne t'inquiète pas... Je n'ai pas besoin de la clef... Pas besoin que tu la laisses ouverte non plus... Est-ce qu'on aura assez de temps ? Il faudra jouer serré, surtout si Lloyd ne la lâche pas de la nuit... Elle n'a qu'à céder tout de suite, l'aguicher... dans le couloir ou dans la cour... Il va bien falloir y aller.

Voilà qu'il prend l'air maintenant ! Une crise d'aérophagie sans doute... Il ne va tout de même pas venir m'emmerder ce soir ! "Salut... Oui, j'ai vu. Pour demain ? Midi ? Ils partent à midi ? Mais non, j'suis pas soûl ! J'ai compris, je répète pour êt'sûr, pour qu'on s'comprenne bien, c'est tout. Ils restent ici cette nuit ? Oui, évidemment... Bon... J'vois ça d'main matin... À c'que tu m'dis, ça n'a pas l'air sérieux... Oui, pas mal du tout... Sûr ! Moi aussi... Tu penses qu'à ça Lloyd ! Remarque ! Y'a pas grand-chose ici... Mais Suzie... j'ai rien dit... Non, c'est pas ça... Bon écoute ! J'vois ça d'main... à l'aube... T'inquiète pas Lloyd... J'la mets au hangar tout'suite ".

C'est ça, bonne nuit ! Si au moins ta grosse mexicaine que tu as clouée au lit avait la bonne idée de t’enfoncer ses ciseaux dans ton gros bide ! Je suis sûr que tu ne la laves même pas tous les jours... Il faut lui parler... ce soir... Elle doit préparer ses affaires pour 6 heures... La tête que tu feras Lloyd ! C'est tout ce que je vais regretter. Demain à 6 heures... Je vois bien que tu veux te la garder au chaud cette nuit. C'est vrai après tout que tu n'es qu'une petite pute, Suzie... et pas terrible... maigrichonne... et tes cheveux... évidemment, celle du 71… Incroyable comme ça saigne au poignet... On m'avait dit, je sais plus qui, que ça saignait mal, que ça coagulait vite...

Il entre dans le hangar qu'il a laissé ouvert exprès... La voiture qu'il réparait est prête. Ce n'est pas un vol. C'est à lui que cette voiture était destinée... Celui qui l'a amenée à réparer n'est pas son vrai propriétaire... C'est un messager. On lui annonce ainsi que c'est le bon moment. Il n'a plus qu'à tourner la clef, embrayer et s'enfuir... Suzie le rejoint... Tu ne vaux pas grand-chose... moi non plus... Ça n'a aucune importance... je ne vais tout de même pas m'en aller tout seul... Seul, ça ne lui ferait pas grand-chose, mais tout en même temps : plus de voiture, les clients sur le dos, plus de Suzie, plus de Jeff à humilier, plus un rond dans la caisse... plus de mexicaine... plus de Linus... plus que toi... Tu t'es regardé ! Tu n'es bon qu'à violer des gamines de fermiers... Et ici il n'y a pas de fermier... Tu reluques... Tu aimerais bien pouvoir t'en faire une comme elle... C'est pas pour les types de ton espèce... C'est pas pour un bestiau comme toi... Tu ne bougeras plus jamais d'ici... Occupe-toi donc de la fille, moi je me charge de la Mustang. Si je pouvais, je te couperais les jarrets pendant que tu dors... là-haut sur ton lit... à côté du cadavre de ta mexicaine, et tu crèveras de faim là, à côté d'elle qui pue, qui se décompose juste à côté... Elle, ça ne serait pas difficile... Un coup de rasoir... Tu seras réveillé par son sang qui mouille ton oreiller... Ça, je peux le faire très facilement... Impossible de t'endormir assez pour te couper les jambes.

Un soir, Linus, tu finiras par t'ouvrir la tête contre.

Qu'il crève aussi ! Qu'on en finisse ! On te retrouvera demain... ta tête noyée dans le bidon de cambouis... Voilà ce qui t'attend, mon vieux ! C'est à se demander s'il ne le met pas là exprès pour qu'il se casse le crâne. Non, son meilleur client. Il y avait longtemps qu'il ne s'en était pas mis comme ça... Si une voiture passe, lui passe dessus, s'il se fait démolir... Tu es trop bonne Suzie. Profiter du camion qui s'en va. C'est le bon moment. Et si on n'a pas le temps d'être prêt à 6 heures... On lui passera sous le nez, c'est peut-être encore mieux. Il va la chercher partout avant... Il ne me laissera pas tranquille... Il faut éviter la casse...

"Pose-le là-d'ssus... On va l'traîner jusqu'à sa piaule... 'coute-moi Suzie !"... C'est Jeff qui te parle.... Jeff ne fait pas partie de cette race de larves comme Lloyd ou Linus... Jeff n'est pas fait pour crever ici... Quand il veut... On n'est pas destiné à être enterré ici, entre ce motel pourri, ce hangar et le grill de Lloyd... entre le désert et le désert... en plein désert... Deux types et c'est l'enfer... Un seul même et c'est l'enfer, forcément ! "Est-ce que tu peux faire ton sac pour 6 heures ? Tu emportes tout c'que t'as d'argent"... Jeff a tout prévu... Il lui explique tout... Ils préparent leur coup... Elle lui fait complètement confiance... Elle s'abandonne à lui... Elle le laisse faire... "Faudra être prête... Tu sors de chez lui... Faut partir avant l'heure... Il te cherchera, il viendra nous emmerder... Ça pourrait mal tourner... Ouvre la porte, je l'tiens... Referme ! Nous deux, ça peut marcher... C'est pas avec ce qu’il te paie que tu vas t'en sortir toute seule... Tu finiras pute pour les routiers... C'est ça qu'il veut... C'est ça son projet... son plan... Il commence par te rassir un peu... Et la ville, c'est pas tellement mieux... Faut partir... Partir vraiment... T'arrives là-bas avec un boulot et une semaine après t'es ouvreuse de braguettes dans un parking... ou alors on te retrouve en morceaux dans une poubelle... Et ça ronfle, et ça ronfle ! Oui, par-derrière... J'adore quand tu mets un slip comme ça". Jeff, c'est autre chose, avec lui, elle s'abandonne, les fesses à l'air, en toute confiance... Une vraie bonne fille de la campagne... sans chichi... "Avant midi, on sera loin... J'connais la route"... Les poteaux qui défilent... Le sillon des bandes jaunes... Le moteur qui fait tout défiler... Le moteur qui se rue... Droit devant, droit dedans... On n'arrête pas... Chevauche... Perce les dunes... s'enfonce dans l'air qui chauffe... Le feu qui crache... Le feu qui te fond dedans...Eet si on s'arrête, c'est seulement pour mourir.

Et voilà qu'ils remettent ça ! Ce sera pas possible de fermer l'oeil... Je lui ai pourtant dit... S'il ne veut pas le changer à cause de ça... Il pourrait le pousser ailleurs... de l'autre côté... Que ça grince, à la rigueur... Mais que ça cogne comme ça contre le mur, l'enfer ! Autant commencer maintenant. Il va se la faire toute la nuit, cet emmerdeur d'étalon, je sens ! Le minimum... pas besoin... ça non plus... une seule suffira... Avec ce que Lloyd a en caisse, on aura de quoi se payer ce qu'on veut... On a à peine nettoyé, une autre vient refaire sa toile... Avant qu'elle ait fini, on sera parti. Et toi, tu resteras là... avec ta grosse araignée dont tu as coupé les pattes... et qui t'aura tout collé à elle avec son sang... Tu regarderas sa gorge ouverte... Les bords de la plaie qui sont gonflés... Avec Linus, la tête dans le cambouis... les poumons remplis de cambouis... Tu le tires... Tu le tiens... Sa bouche qui vomit du noir sur toi... Surtout, pas un bruit ! Ce gros iguane a l'oreille fine. Pas question d'en laisser... Tu n'en retrouveras pas une miette... C'est mieux comme ça, Lloyd. Si je le laisse, tu pourrais faire des conneries... On ne sait jamais... que ça tourne mal...

Il vaut mieux voir ça... En commençant maintenant, j'aurai de l'avance... Déjà les petites réparations faisables sans faire de bruit... C'est quand même assez sérieux... J'ai bien fait. Deux heures... C'est juste. Pourvu que j'en aie ici ! Sinon... de toute façon, c'est obligé... obligé que ça marche... Si à 7 heures je suis encore ici... Le tiroir-caisse... le flingue... Suzie toujours pas là... Il sort... commence à s'énerver... Je dis que c'est Linus... Il était trop soûl... Elle est restée avec lui... Le couple d'hier soir... toute la nuit comme des bêtes... Il rigole... Je sors le flingue... Il me regarde... Il se calme... Non, il s'énerve encore plus... Il rigole... Il croit que c'est une blague... Ce PD de Jeff ! Pas possible ! Peut pas faire ça ! Assez ri ! Un coup... Immobile... Un robot qui se coince... Un coup... Un sursaut... Un coup... Les auréoles de sang... On dirait du faux... comme dans un film... toutes les balles dans le ventre... Il s'écroule comme une grosse merde dans une cuvette... du sang partout... Linus est encore venu ici ! Un vrai bordel ! Si en plus je ne m'y retrouve pas ! Il va falloir... Pas d'autre solution... J'ai pas les pièces... Pas d'autre moyen... Je peux en une demi-heure... mais le bruit... Compter presque une heure... Elle est juste sous sa fenêtre... J'aurais dû regarder ça dès que je l'ai mise là... Tu parles d'une organisation ! Du calme ! Tu le sais, Jeff... Tu sais que tu ne vas pas rester ici, alors, du calme ! C'était pas avec une dépanneuse comme ça que tu t'en serais sorti... Non, il faut partir vraiment, comme ça.

 

Encore une heure... il faudra que ça tienne... des pièces de Dodge pourrie sur une Mustang... Jamais encore fait ça... Ça devra tenir... Dans une demi-heure, elle est là.

 

En retard... Et ça qui ne veut pas se mettre... Et si j'essayais... Un moteur pareil, ça réveille les morts... Je le réveille, il descend avant 7 heures... Ou alors, il faudrait qu'elle l'occupe... qu'il ne fourre pas son nez dans son tiroir...

 

On verra bien... Va la chercher, Jeff ! Peut-être qu'elle a peur... Avec toi ça ira... Il va faire jour... Rien à craindre de ce côté... Avec la nuit qu'ils ont passée... pas debout avant midi... "Suzie ! Suzie ! Suzie... Suzie ! Nom de Dieu !"... Quelle conne ! "Suzie !? Alors quoi !? T'es pas habillée ?! Qu'est-ce que ça veut dire ?" Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que ça veut dire? J'en sais rien...

 

Pas besoin de s'encombrer de cette bouseuse ! Comme toutes les bouseuses, elle sait pas se laver l'cul ! Pas une minute à perdre... C'est tout ou rien... Ou ça tourne... ou bien... autant laisser tomber... trop risqué, il va toujours d'abord à sa caisse, je serai pas prêt... Non, tout remettre... puis demander à Suzie de l'éloigner... Elle peut au moins faire ça... Je reprends tout et on y va... Et peut-être qu'elle changera d'avis... Quand il lui remettra ses grosses paluches dans le slip, elle n'y réfléchira plus à deux fois... Quand on peut s'en tirer, personne ne refuse, à moins d'être déjà fini comme Linus... comme la mexicaine...

 

Pas une trace... impossible de s'en apercevoir... "Dans cinq minutes son réveil... T'as vingt minutes pour te préparer... Mets-toi ce que t'as d'plus court... Vas-y carrément ! Occupe-le... Je sais ! Fais-lui l'grand numéro ! J'te jure que même à cette heure-là... Si tu lui fais ça... Il refusera rien... Dès que le moteur tourne... Je fais celui qui prend son café et je te dirai à ce moment-là... Tu l'emmènes derrière... En une minute c'est fait... puis je foncerai à la voiture et terminé ! Tu peux encore Suzie... mais réfléchis vite... Je pourrai pas attendre longtemps !"

 

Rien à faire... Elle ne bougera pas... Elle le laisse là... à gober les mouches au comptoir. Elles se collent sur lui... Elles s'agglutinent sur son crâne... Elles bavent de sa bouche... coulent de ses oreilles... de son nez... Elles courent sur la vitrine... Elles courent sur la route, se font griller sur le sable... Quelle idée d'avoir remis le fric ! Suffirait qu'elle se baisse devant lui et... Attends encore ! C'est pas pour rien qu'elle est à moitié à poil ! Si elle se penche comme ça, il marche ! Il marche... en plein dans le mille, Suzie... Pas une seconde à perdre... Pourvu qu'elle fasse durer assez ! Avec tout ça, on tiendra longtemps ! Il vaut mieux lui prendre aussi les balles... On sait jamais... Dans cinq minutes, on est parti. Dans trois heures, on passe de l'autre côté. J'ai compté, Suzie! Pas plus de trois heures.

 

"T'es déjà là ! Allons-y ! Lloyd va reprendre son souffle... Qu'est-ce que t'attends bon Dieu ! Lloyd?! Suzie!? Bouge-pas ! J'hésiterai pas ! Et ça fait trop longtemps qu'ça dure ! Toi, t'es déjà plus qu'une putain ! J'ai pas peur ! Ils n'auront pas l'temps... Personne peut savoir par où j'passerai... J's'rai parti bien avant ! Aucun problème pour ceux-là... 'Baisé toute la nuit comme des bêtes! Tu vois ! Ce PD de Jeff a tout prévu ! J'en ai fini avec toi... avec vous... J'suis pas un chien ! J'te dis qu'ils vont pas s'lever d'si tôt ! T'as qu'une chose à faire : me laisser gentiment partir... Linus? Roupille dans sa piaule !"

 

"Restez où vous êtes ! Bougez pas ! On peut dire qu'vous avez d'la santé ! Debout à c't'heure-ci, après une nuit pareille ! De toute façon, une voiture comme ça, c'est pas un problème pour vous... Vous en aurez vite une autre... Moi, je peux pas faire autrement... C'était écrit... Je prends la voiture... doucement... Suzie ! Nom de Dieu!"

 

"C'est lui... C'est Lloyd qui l'a jetée sur moi... Le coup est parti, c'est comme ça qu'on dit... C'est sur Lloyd que j'aurais dû tirer, mais il l'a jetée sur moi... et le coup est parti." Et pourquoi j'ai attendu après elle ? Elle préférait rester... prendre la place de la mexicaine... être la patronne... dans ce trou... Elle aurait tout connement été la première pute de sa boîte... Son grand projet pour les affaires... À cette heure-ci... plus qu'une heure et je sortais du pays... J'aurais pu la faire démarrer avant... C'était pas la peine de s'en faire pour l'argent, pour Lloyd, pour elle... Quand elle m'a glissé des bras, du sang sur ma chemise, ses seins sont sortis... Elle était là... morte, les seins à l'air... Il m'a amoché... Remarque, c'est normal ! C'est sa bagnole ! Ils auraient pu serrer moins fort... Obligés de prendre une corde... Même les menottes sont enrayées par le sable... En tout cas, je n'vais plus revenir ici, c'est sûr... "Vous savez ? Dites ! Ici, y'a pas longtemps... Une bonne femme s'est suicidée... dans cette chambre... C'est vrai... T'as raison... Qu'est-ce que ça peut foutre ?" Non, le flic ne peut pas dire ça... Et, en plus, c'est sûrement pas au 71 qu'on me laisserait... ou alors... je suis au 71... C'est encore le soir... Elle est encore là... Je l'ai suivie... C'est avec elle que Jeff s'en va... trop tard... Elles ont fini par pourrir... Il faudrait les jeter... Trop tard pour recommencer... On verra demain... Il faut dormir tôt ou tard.

 

 

Romain CARLUS

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Ce site réunit et reconstitue l'oeuvre de Romain Carlus : les rubriques sont donc évolutives, se remplissant à mesure que les manuscrits sont traités.

 

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