Dialectique de l'être-en-acte et du signe.

 

 

 

 

Quelques données préliminaires dans une ontologie du signe.

 

 

 

 

Les "données immédiates" se rapportent à ce qui se donne à percevoir en tant que chose, sans rien avoir de spécifiquement signifiant, et a fortiori "humain".

 

Or, l'un des axiomes fondamentaux de la linguistique de Saussure est celui de l'arbitraire du signe. Un concept d'une apparente simplicité, mais à partir duquel se profile la nature particulièrement et spécifiquement ambiguë du langage parmi les objets perceptibles.

Le signe est un être-plein (nous allons considérer le signe comme un "être") dans la mesure où sa forme est perceptible, résistante, là, et s'impose à la possibilité du sens, mais il est autant un être-vide puisqu'il ne détient pas par-soi, ni pour nous, tout son être, puisqu'il est la marque d'une conscience nécessaire à son être complet.

Tout signe se reconnaît dès qu'il se montre à moi comme un appel.

 

Si le signe est essentiel à notre pensée (la pensée doit se voir), nous savons bien que dans son actuation, et dans la présence de notre conscience avec elle, se développent l'irréductible abstraction de notre instant-d'être-au-monde et dans le même temps l'incommensurable nuance du réel.

Tout signe est limité et sans limite. Tout signe est signature de ma présence et aussi de mon absence. Il me requiert et il me met en péril.

 

Sans l'arbitraire du signe, le signe serait confondu avec l’objet immédiat du monde, si nous considérons que l’immédiat est le monde abrupt dans ce qu’il a de non-signifiant. Et le monde est a priori non-signifiant. Le sitmulus et l'instinct, pour être puisants ne sont pas "signifiants".

L’arbitraire saussurien1 paraît ne rien dévoiler de nouveau si l’on observe le travail de conscience qui a accompagné depuis la nuit des temps la création et l’usage de signes (sous leurs multiples aspects plus ou moins complexes depuis l’empreinte jusqu’au symbolisme mathématique), mais il est pourtant le trait de génie qui a permis de percevoir la distorsion perceptuelle qui se développe entre le sens (signifié) et la forme (signifiant).

 

La perception des phénomènes intellectuels de conceptualisation et aussi d’intuition seront parties prenantes de notre étude : ce qui, inévitablement, et heureusement, nous fera intégrer certains travaux de la philosophie, de la psychomécanique de Gustave Guillaume et de la psychanalyse.

L’ambition essentielle, somme toute limitée, de notre étude, consiste à choisir et utiliser un certain métalangage propre à rendre compte de la spécificité du signe linguistique dans un domaine du « sensible intellectuel » : c’est-à-dire un domaine où la perception sensible et les catégories de l’entendement2 entrent dans un espace, une temporalité, une réalité, un « site », à la fois en-dehors du monde3 (pour-soi) et avec le monde. Nous pourrons en produire aussi un certain nombre de réflexions esthétiques (la stylistique littéraire notamment), et humanistes.

Dans cette perspective, les processus diachroniques seront pris en compte là où l’on observera le signe dans ses liens (de causalité) avec la praxis4 (de l’outil d’une pratique contextuelle à une pratique dans des contextes purement discursifs), avec la forme5 (signal, empreinte, indice, figure...) Notre étude est essentiellement synchronique. Le signe contient toujours dans sa réalité momentanée l’ensemble des processus l’ayant historiquement rendu possible6.

 

Avant de travailler plus rigoureusement sur les conditions de possibilité et d’efficience des identités sémiologiques (les signes perçus comme tels), laissons-nous envisager le signe avec l’intuition et le syncrétisme personnel qui nous a d’abord incité à suivre une telle piste entre le sensible et l’intellect.

 

Regardons le mot, par exemple, que nous connaissons, mais exactement comme si nous ne savions rien de lui, pas même son appartenance éventuelle à une langue. Prenons le temps de le regarder comme quelque chose. C’est la démarche première du linguiste, et il ne perd pas de l’esprit cette visibilité neutre du signe. Puis, prenons une forme, n’importe quelle forme, qui à coup sûr n’appartient à aucune langue connue, comme une invention d’enfant tracée de manière hasardeuse et inspirée. Sentons ce qui se produit en nous en comparant ces deux formes.

 

Le signe est signe dans la mesure où il m’apparaît comme l’empreinte d’une conscience dont le geste est encore là. Et cela d’autant plus manifestement quand sa forme n’est pas figurative. Je tente un moment de suspendre tout en la maintenant active cette manifestation avec le signe.

Or, je constate que la configuration, le mouvement intellectuel-sensoriel et mnémotechnique, dans ce suspens auquel je m’efforce, est autant l’extension possible, comme de l’intérieur du phénomène que je veux observer, de la signification et de mon analyse du signe. En somme : c’est le signe tel que j’en ai appréhendé la nature qui m’ouvre la possibilité, la perspective, de son analyse.

Prétendre que nous dirions là que « le signe est linguistique parce qu’il nous permet de l’analyser » dénoncerait une vaine tautologie, mais ne résumerait pas justement notre démarche : en examinant au plus près cette « abstraction-dans-une-forme » et l’arbitraire du signe, nous allons en concomitance mettre en place les termes analytiques et chercher à voir la mise-en-scène de ce geste de conscience qui se produit7. Nous trouverons là l’exigence et l’appui épistémologique de notre étude.

 

 

 

 

 

(...)

 

1992 - 2022

 

Romain CARLUS

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