La Mort à s'infuser.

(roman)

 

Début d'une fin qui s'engraisse par trop d'appétit mélancrophage.

Laisser s'étioler...

Tout barbouillé le ventre de tumultes sentimentaux, ça devient dégueulant. Vision ou ciel pour se nettoyer, traverser. Rien d'important deux ou trois oiseaux un à un successifs sur les carreaux bullés ça n'arrange rien, revenu tard en des guenilles les faces toutes animées aux lèvres bavardeuses et qui crachent en vide et salissant les vitrées pupilles, accrochées dans les photos pendues la même vie qui trempe dans le bain amer qui se mentole de dégoût c'est vrombissant dans les nerfs comme des tiges colorées par les (illisible) les morceaux... alors (illisible) aux alentours les foyers à condensateur familial où ça trivialise malsainement... assis sur la (illisible) et ça regarde à vue d'oeil et ça pense en travers des idées qui filent du coton et glissent entre les griffes c'est pas vu pas pris autres bouches qui pleurent les chimères d'inventions dépiteuses... remue les molécules entassées ça déplument les déféquant pigeons et vide l'attention sur les riens des vitrines... comme c'est la mer à boire et la mort à déguster, la mort à s'infuser vue des herbes de soûlures... alors comme d'érouteur c'est retourné à l'ombre s'ensabler dans les heures asseuleuses...

 

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L'Autre, mon alinéation, n'est pourtant qu'un fantôme jamais plus réel que moi. Alors, je suis donc aliéné par ma propre incapacité à trouver l'autre plus réel que moi, je suis donc aliéné par moi.

 

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Acte I : Une des scènes : Gilbert et Alain conviennent que la vie n'est qu'un rôle.

Chacun prend alors des papiers sur lesquels seraient écrits les répliques :

- Bonsoir, mon cher.

- Tu rentres bien tard... Tu étais où ?

 

Des dialogues banals, mais parfois ils ont un trou de mémoire, ils se trompent de répliques, etc. Et doivent même répéter plusieurs fois certaines répliques : - Ah ! Non ! Je la sens pas, cette réplique.

 

- On a travaillé tard. Et puis ça finit toujours par un "Il reste quelque chose au frigo" ?

- Ah ! Non ! Je la sens pas, cette réplique.

 

 

 

Fragments : troisième lettre à Mme. G***

 

Ce n'est pas une peine profonde, non plus un chagrin théatral. Cela n'a rien à voir avec les expressions d'une tristesse avec des remous fluctuants qui font trembler les nerfs. C'est un sentiment qui fait quitter l'humain. Comme une volonté et une exéprience du sublime sans que celui-ci ait pourtant de figure possible. C'est une impression qui ne peut souffrir d'être une impression mise au rang des névroses. Comme une eau qui ne veut plus sentir sa liquidité, qui veut que meurent ses reflets, sa surface et sa pesanteur : une immatérialité.

Cette espèce de dépression me défait des liens avec les autres, et elle finira par me défaire de moi-même.

Ce êtres qui peuvent être heureux sans raison, parce que l'absence de raison donne le bonheur. Je n'en suis pas capable. Il reste toujours quelque chose d'une lucidité qui résiste à tout, comme un oeil qui me regarde de derrière moi. Et pourtant, ce que j'appelle ici de la lucidité me rend "irréel".

Quand je relis les brouillons de mes lettres à Sylvie, c'est à pleurer, c'est vraiment consternant. Puis, après Geneviève, j'ai compris combien l'Idéelle est seule réelle : les corps des femmes que je peux sentir contre moi ne sont que de temporaires incarnations, trompeuses, comme Catherine - que j'aime pourtant bien.

 

 

24/06

"Deus ex Machina"

Je me rends bien compte de la nécessité et de la légitimité de la règle sur la "gratuité" des faits dans l'intrigue. Dans l'acte IV, 1, le personnage de auteur "raconte" sa folie, mais il ne doit le faire qu'en lien étroit avec les actions singulières et la signification générale, de sorte que chaque élément soit tenu à tout autre dans la trame d'ensemble. Ainsi, la révélation qu'il fait sur sa folie, son invention, tout cela doit composer les différents visages de son être. Il y a ainsi les différents spectres de ses propres pulsions. il met en action la machine infernale qui n'est autre que celle de son Moi.

 

25/06

Nous revenions, Michel et moi, du pont Georges V, et nous étions entrés sous les arcades de la rue Royale. Lorsque arrivés au niveau du magasin du Printemps, j'ai posé un regard sans attention sur une fillette brune. Mais ses yeux bleus étincelants m'ont captivé. Je me suis arrêté, Michel continuant devant. Elle aussi. Elle m'a interrogé du regard. Mais je ne pouvais lui donner aucune réponse, bien aussi étonné qu'elle. Puis j'ai repris la marche et elle est allée rattraper la main de sa mère. Mais on s'est ensuite retourné pour un dernier regard partagé, sans rien avoir compris à cette étrange rencontre fugace.

Michel doit vraiment se dire que je suis dérangé.

 

4/07

L'érangeté (quasi-comique) est un très bon élément déséquilibrant qui permet, par des failles ouvertes avec précision, d'entrer dans une atmosphère plus dure et angoissante. Il faut maintenir ce fond de gravité, sans quoi la pièce va se disloquer. mais quelle fatigue !

 

Mon tort a été de séparer l'auteur de son pouvoir. La Machine Imaginante et lui ne font qu'un. Ce qui implique inévitablement qu'il tombe dans son imaginaire.

Pas sûr de prendre le titre "Deus ex machina".

 

18/07

Moi, je dis que la réalité, ça existe.

 

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Dans les pièces de mon esprit, j'avais toujours peur de refermer une porte, craignant d'oublier ce qu'il y avait derrière ou de ne pas pouvoir y revenir. Un diable, sournois comme ma mère, posait des pièges dans des recoins, aux angles des couloirs et il me fallait laisser toujours une porte entrouverte pour fuir. Mais, je me suis laissé envahir, au lieu de plutôt détruire ce diable.

Je trouve sympathique de la part de mon inconscient de communiquer assez clairement avec moi pendant mon sommeil : des loups sont entrés dans monj domain, une sorte de petit village, entouré d'une forêt. Je le chasse et j'en tue un.

Je suis dans une pièce sombre, devant le cadavre : il me faut le mettre dans la forêt, pour qu'on ne sache pas qui l'a tué. Les murs sont couverts de moisissures et de mousse. J'ouvre la porte d'entrée : "il faut arérer tout ça".

 

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Tous ces visages dont les traits ne sont plus qu'une vague idée autour d'un nom... Pourquoi n'ai-je plus écrit à Sophie G., après une correspondance si intense de deux ans ? Parce qu'elle est devenue un vrai corps lorque je suis allé chez, dans sa famille, à Étampes, parce que dans l'échancrure de sa robe, je pouvais entrevoir ses seins.

Ce n'était plus du tout la même chose. À quoi bon ?

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"Deus ex machina"

Pour la densité de cette pièce, il a fallu une certaine austérité de tragédie métaphysique.

 

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Rubinstein, sans doute en raison de son âge (raison qui n'épargne personne), trouve que la "musique contemporaine" (en soi une étiquette idiote) est "sans émotion". Je trouve bien au contraire qu'il émane de cette musique une tension émotive, des motifs lyriques, des mouvements d'humeurs et des mystères qui vont beaucoup plus loin que ne le peuvent les contraintes de la "mélodie". Souvenirs, peurs, énergies, exaltations... il n'est rien d'impossible à ressentir dans les oeuvres de Dutilleux, Jolivet, Lutoslawski et Ligeti,Pendrecki, Baird, Webern...

 

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Il nous faudrait retrouver le texte au théâtre. Il nous manque une nouvelle forme de poème dramatique.

 

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Je m'en souviens si bien : j'allais sur un chemin, seul, infininement seul, à la lisière. Elle était assise sur le talus, les yeux dans un rêve, les yeux dans mon rêve. Elle s'est levée, je me suis arrêté, elle m'a dit : "C'est moi." Je l'ai en effet reconnue.

Mais pourquoi n'est-elle pas là, avec moi ?

Je voudrais être bien seul à nouveau, penser à elle, et la retrouver.

 

24/08 "Deus ex Machina"

Pour les personnages, il faut la conscience d'une naissance, d'une existence qui se découvre, d'une dépendance envers le Nénant et envers la Machine.

 

Pour ce qui est de Lucien : il dit apparaître comme celui qui porte la foi, une foi aveugle qui fait publier toute question, mais qui est loin d'être condamnable.

 

Il faudrait trouver un ton austère et pourtant très vivant. Cela est possible si l'on reste lucide, près de la ligne rigoureuse de l'allégorie.

- Terminer la pièce pour octobre.

- commencer la deuxième pièce (titre ?)

 

26/08

Dans l'ancien texte, j'ai trouvé les indices d'un certain manque de maîtrise : comme si parfois je laissais passer les phrases d'un texte auquel je pensais avoir l'idée définitive jusqu'à en détourner le sens réel de l'oeuvre en cours. Par exemple, dans l'acte I, le passage figurant en IV : "je trouve que c'est pas au point son machin", le possessif n'est pas justifié; il indiquerait que ces figurants connaissent l'envers du décor. Cette phrase appartient à une autre pièce, à laquelle j'avais pensé. Mais cela ne peut plus se reproduire à force de travail.

 

 

J'aime les parfums où l'on ne puisse reconnaître une fleur. Des parfums suaves, mais qui pourtant ne relèvent pas d'une source florale naturelle, ni encore moins aniumale. Une sorte d'encens, un parfum "abstrait". Par exemple : Chanel 5, K. L., Magie Noire, La Nuit...

(à placer dans La Sourire de la Chimère)

 

30/08

On a vingt ans et l'on tourne déjà en rond ; la vie sûre pour l'avenir est un piège vicieux dont on n'a même pas le droit de se plaindre; 20 ans et je suis complètement coincé par une vie matérielle merdeuse... aucun arrière.

Pour de telles "raisons" dérisoires, Sophie n'est pas une femme pour moi, l'Irlande n'est qu'un songe, et, pire encore, nos projets d'édition dépassent notre pauvre petit pouvoir. Je suis vraiment bon pour devenir prof minable enfermé dans son monde retreint d'étudiants imbéciles, et je suis assez con pour le devenir en me donnant du mal. Du mal pour rien. Vivre l'anonymat total et absurde. Il n'y aura donc pas de femme, pas d'enfant, rien.

Et il est trop facile de fermer les yeux devant ce problème si simple et logique, sans solution. Il est trop facile d'en rendre responsable sa propre santé psychique, d'elle-même cherchant ses raisons dans le transit digestif (pourquoi pas ?), alors que ce sont des effets et non des causes.

L'oeuvre est impossible. Pas assez de moyens, pas assez de temps, aucune relation de compréhesion, le désert. Il ne resterait plus qu'à prier, et encore...

Pas facile de sortir de ce cercle vicieux dans lequel on entfe malgré soi. Je comprends les comportements excessifs de certains, qui plaquent tout. Mais je ne le pourrais pas. Je crois assez en mon oeuvre pour ne pas la risquer dans une telle aventure, surtout que cette aventure n'a aucune fin précise. Partir ? Oui.... Mais pour aller où ? Pour trouver quoi ? Certainement rien de mieux qu'ici.

Pour l'instant, je tiens le coup, par le travail et le fait que rien n'est encore joué, mais le jour où mon travail sera de toute évidence vain, et que tout sera joué et que rien ne pourra plus sa passer, j'aurai trois solutions : la mort, la prière ou la folie.

Si le mois dernier s'est passé dans le bonheur du travail, maintenant tout devient clair et pitoyable. Er dire qu'avec ces idées-là, l'urgence d'une réaction puissante, il faut se cantonner à des listes de vfocabulaire latin; être "gentil" avec des parents contre lequels je n'ai rien à dire, puisqu'en effet il font tout pour moi... C'est la même logique perverse du piège qui se refreme en silence sur moi. C'est vrai que ce silence est autant une jouissance qu'une horreur.

Le grand rêve d'un homme serait de vivre une existence comme "oeuvre d'art". Alors qu'il n'est rien.

La Machine imaginante (Deus ex Machina, NdA), c'est ça : l'illusion de la vie - tout un art.

Faut-il continuer simplement poiur cette illusion ?

 

31/08

L'Irlande n'est pas qu'un voyage. C'est un "retour".

 

 

 

Romain CARLUS

AVERTISSEMENT

 

Ce site réunit et reconstitue l'oeuvre de Romain Carlus : les rubriques sont donc évolutives, se remplissant à mesure que les manuscrits sont traités.

 

Les deux images ci-dessous indiquent, respectviement :

"En travaux" : l'oeuvre est en cours de traitement avant d'être entièrement publiée

"À suivre" : l'oeuvre va être complétée progressivement

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